Je suis debout contre ma porte close, devant moi des dizaines de posters de Grégory Lemarchal. Je le regarde dans les yeux, ses yeux pleins de magie et de bonheur à toutes épreuves, je le regarde et je m'écroule par terre. Je tend le bras pour mettre la musique en marche, et les quelques notes commencent avant de faire place aux paroles. "Pourquoi je vis, pourquoi je meurs". Il fallait que ça tombe sur cette chanson, à ce moment-là, l'instant où tu es partis en lançant un "putain je vous déteste tous autant que vous êtes !" C'est dans ces moments-là que j'aurais envie de fondre en larmes et d'être consolé. Au lieu de ça les paroles qui défilent dans ma tête ressemblent plutôt à "Pourquoi tu cries, pourquoi elle pleure". Tu as détruit les forces les plus minimes de maman. Il lui en restait si peu, ce n'était pas très difficile. Le grand méchant loup a encore frappé, et tu es tombé dans son piège. Bien sûr Jared, ton papa est le père parfait et il subvient mieux que quiconque à tes besoins, aussi fous qu'ils peuvent être. Il t'apporte depuis toujours l'amour et la protection dont tu as besoin et avec lui tu ne risque absolument rien. Il t'enferme dans le cocon de son amour paternel tellement puissant que tu es bien en sécurité dans ses bras. Il m'écoeure. Et tu lui ressembles. Avec ce que tu as fais, tu lui ressembles trait pour trait. Les mêmes expressions du visages, les mêmes répliques blessantes et arrogantes, le même culot, le même égoïsme. Ca fait quoi d'être comme lui ? Tel père, tel fils. Ca m'rend malade que tu sois devenu comme lui. Putain j'ai toujours fait mon maximum pour que tu mènes la vie facile. J'ai pris soin de toi, je t'ai protégé, on s'est toujours serré les coudes. Et aujourd'hui tu les dévisses pour courir auprès de ce monstre abominable ? Pour dire vrai, tu me déçois. Moi je comptais sur toi et en disant les choses clairement, tu m'as lâchement abandonné. J'avais besoin de toi. Tu m'as trahis. Une flèche dans le dos, un couteau en plein coeur, ou l'inverse, peu importe. Retiens juste le fait que tu me déçois comme jamais personne ne m'a déçu. Tu n'es plus le petit frère que j'aime. Tu as trop changé et je ne te connais pas. Je ne sais pas qui est ce nouveau toi. Sous ce nouveau toit. Maintenant que y'a 1300kilomètres entre nous, qu'est-ce que tu comptes faire ? Vivre chez ton père jusqu'à ta majorité et faire souffrir ta mère pendant tout ce temps ? "T'es pas ma mère t'as aucun droit sur moi, laisse-moi vivre tu m'étouffe, t'es rien pour moi." A chaque seconde qui passe, tes phrases cultes repassent en boucle dans la tête de maman. Pardon, de ma maman vu que ce n'est pas la tienne. On a fait les partages frangin, t'as un papa j'ai une maman. Ca me brise le coeur de devoir te dire ça, mais ta vraie maman de là-haut, elle doit avoir honte de toi. Tu sais la vie c'est pas tous les jours facile, on est bien placés pour le savoir mais même quand ton coeur fait un trop plein de sentiments, que tu as envie de tout foutre en l'air, que tu maudis la terre entière, même tout ce que tu veux, c'est pas une raison. T'as pas le droit de briser ta famille pour tes crises d'ado rebel qui joue les grands à savoir ce qu'il veut. Parce que tu ne le sais pas Jared. Tu devrais arrêter les allers-retours Béziers-Oxford parce que tu ne trouveras jamais ta place. Tu joues les balançoires entre deux mondes bien différents. Le côté papa qui achète ton amour. Le côté maman qui t'aime pour ce que tu es. Ton pays natal que tu aimes tant. Ta ville enfantine que tu détestes. T'as l'cul entre deux chaises mon vieux, tu t'en sortiras pas comme ça. Aujourd'hui t'as fait ton choix, tu redeviens le petit fils à papa anglais. Okay, reviens pas ici en pleurs dans trois mois parce que tu ne seras plus le bienvenu. Tu ne veux plus de cette famille, les choses sont claires entre nous tous. Restes dans ton Oxford lointain avec ta nouvelle vie. Mais si tu crois qu'en fuyant tes problèmes tout s'arrangera, tu te trompes parce qu'ils reviendront au galop. T'avais beau répéter que ta famille était plus chère que tout à tes yeux, y'avait pas un soupçon de vérité sinon tu nous ferais pas ça. Tu te souviens quand Joshua demandait sans arrêt où était papa ? Aujourd'hui c'est ton prénom qui remplace son père. Il a même versé des larmes pour toi parce que, je cite ses propres mots : "Jared il est partit et ça fait du mal à maman parce qu'elle l'aime et que il lui manque et à moi aussi." Tu te réjouis de faire souffrir les gosses de quatre ans ? Tu prends ton pieds là hein ? Mais t'as pas idée de ce qui se passe ici. Si tu crois qu'on va pleurer sur ton départ pendant dix ans, tu fais fausse route. Ici y'a plus que des sourires et ça regorge d'amour. On est tous plus liés que jamais et qu'est-ce que ça fait du bien. Ya des rires à tout bout de champs et des yeux remplis de magie, tu sais, comme ceux de Grégory. Et les tiens sont vides. Ils sont vides Jared parce que tu as laissé tous les gens qui t'aiment ici. Quand est-ce que tu comprendras que ton salaud de père fait tout ça pour détruire maman ? Tu t'imagines qu'il aime son fiston, mais au fond tu le sais bien qu'il n'en a rien à foutre de toi, des petits et encore plus de moi. Depuis toutes ces années tu n'as toujours pas compris qu'il était sournois et mesquin et que tout ce qu'il faisait, c'était pour faire du mal. Le jour de ta naissance il survolait l'Australie. Le jour de tes premiers pas il survolait le Canada. Le jour de ton premier mot il survolait la France. Tu vois Jed, il n'a jamais été là pour toi. Quand tu pleurais le soir, maman était là pour te réconforter. Quand tu te blessais, maman était là pour te soigner. Quand tu faisais un spectacle, maman était là pour t'applaudir. Quand tu avais besoin de parler, maman était là pour t'écouter. Quand tu voulais des câlins, maman était là pour te câliner. Non elle n'a pas le même sang, mais c'est elle qui t'a élevé. Tu t'imagines que sans elle t'aurais eut la même vie ? Elle s'est occupé de toi dès le premier jour, même quand Maddy était toujours là. Elle a pris soin de toi du mieux qu'elle pouvait. Elle a sacrifié énormément de chose pour toi. Elle t'a adopté pour que tu ne finisses pas à la DDASS parce que ton père n'était jamais là. Et toi pour la remercier tu l'abandonnes en prenant soin de laisser dans ses yeux toute la tristesse du monde. "Les yeux de maman sont des étoiles qu'il ne faut pas faire pleurer". Tu te souviens de cette chanson ? Tu n'en as pas vraiment l'air en tout cas. Souviens-toi des séances karaoké à 5heures du mat'. Des gâteaux d'anniversaire en forme de ballon de basket. Des bisous sur le front avec sa main dans les cheveux. Des batailles de polochons en sautant sur son lit. Des câlins devant la télé blottis sous la couette. Souviens-toi que c'est ta mère putain Jared quand est-ce que tu vas réagir ? T'as pas conscience de ça ou quoi ? Elle a joué les deux parents à la fois alors que tu le dis si bien "tu n'es rien" pour elle. Elle a fait le choix de nous élever et de nous offrir une belle vie. Mais franchement t'as pas les yeux en face des trous ? Tu vois pas tout ce qu'elle a fait pour toi ? Alors que ton papa parfait il a fait que dalle à part te ramener un foutu avion en plastique quand il revenait après trois semaines. Tu comprends vraiment rien à rien. T'as besoin d'une famille, voilà tu l'as. Mais dis-toi seulement que si l'envie te venait de revivre en France, ta vraie famille ne sera plus là pour toi. J'te jure Jared ça me fait mal au coeur d'écrire tout ça mais franchement si tu avais conscience du mal que tu nous fait endurer à tous, tu comprendrais mieux mes mots, ou mes maux étant donné que ça revient au même. Je t'aime tellement et toi tu te barres. Ca me rend dingue de voir ce que tu es devenu. Tu peux tourner la page maintenant puisque c'est ce que tu souhaites. Voilà, ici en France t'existes plus. C'est ce que tu voulais, non ? Tu m'as toujours promis deux choses. D'être là pour moi et de tenir tes promesses. Aujourd'hui tu viens de trahir les deux à la fois.
Jackpot frangin.